Printemps érable : le Conseil de Presse du Québec distribue les blâmes

Richard Martineau, visé par trois plaintes, est condamé deux fois par le Conseil de Presse.

Suite à des plaintes déposées contre certains journalistes en rapport au traitement de l’information au cours du Printemps étudiant, l’organisme a condamné cinq fois sur douze. Visé par trois d’entre elles, l’emblématique Richard Martineau est condamné par deux fois.

Les plaintes, qui émanent directement des citoyens, avaient été déposées durant le Printemps Érable. Elles sont bien souvent en rapport avec la CLASSE, et en particulier Gabriel Nadeau-Dubois, bête noire favorite des médias au cours de la grève. Dix d’entre elles concernent des médias du groupe Québecor.

Il faut dire que les protestations contre certains éditorialistes avaient été nombreuses au printemps, tant le mépris et la morgue employés contre les grévistes avaient atteint leur paroxysme.

On ne s’étonnera donc pas de voir figurer le nom de Richard Martineau, pourfendeur ultime de la grève étudiante, animateur de l’émission Franchement Martineau sur LCN et chroniqueur pour Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec (les trois médias appartiennent au groupe Québecor). Petit rappel des faits concernés par les décisions (par les décisions uniquement, car dresser une liste exhaustive des envolées de Richard Martineau serait une tâche bien fastidieuse) :

  • Dans sa chronique du 14 avril, intitulée « Enseignants : enseignez ! » et publiée dans Le Journal de Montréal, Martineau écrit : « Vous avez déjà de la difficulté à apprendre à nos enfants à lire, à écrire et à compter correctement, n’essayez pas en plus de leur enseigner l’ABC de la guérilla citoyenne. » Il est condamné par le Conseil pour « expression de préjugés » (décision D2012-04-079).
  • À nouveau dans Le Journal de Montréal, dans une chronique parue le 24 avril, l’animateur et chroniqueur vedette s’en prend à la CLASSE. Il met entre guillemets une fausse citation de la CLASSE (sans doute par ironie…) : « Nous sommes des citoyens responsables, nous appuyons seulement le vol et le vandalisme, pas les agressions physiques… » Le Conseil de Presse condamne ses propos pour « information inexacte, propos discriminatoires et préjugés » (décision D2012-04-090).

La liste détaillée des décisions rendues par le Conseil de Presse est consultable ici. Cinq des douze plaintes reçus ont mené à des blâmes. Sur celles-ci, quatre concerne des médias du groupe Québecor. Joli score !

Condamnation morale

Si le Conseil rend des décisions morales, par le biais d’un conseil composé de huit membres du conseil d’administration, il n’a aucun pouvoir contraignant, comme il le rappelle dans sa profession de foi : « En aucune façon, le Conseil ne peut être assimilé à un tribunal civil, il ne possède aucun pouvoir judiciaire, réglementaire, législatif ou coercitif ; il n’impose aucune autre sanction que morale. Mais la rigueur de ses interventions, ainsi que la confiance et l’appui que lui manifestent les médias et le public, lui confèrent une autorité indéniable. »

De plus, Québecor s’est retiré du Conseil de Presse en 2010 et ne tient donc plus aucun compte de ses décisions. De fait, le Journal de Montréal n’applique pas le règlement n°3 art. 8-2 qui stipule que « lorsqu’une plainte est retenue, l’entreprise de presse visée par la décision a l’obligation morale de la publier ou de la diffuser ». Il est cependant heureux qu’un tel processus de plainte existe, et que la presse s’en fasse parfois écho, comme ici Le Devoir.

Richard Martineau continuera donc de sévir à la télévision et dans les journaux. Il continuera de nous consterner, et pas seulement au Québec. Ci-dessous, un extrait de l’émission française Le Petit Journal (qui est loin d’être un parangon de vertu, que ce soit dit), qui revient sur le cas Martineau :

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